INTERNATIONAL VISITOR LEADERSHIP PROGRAM

12 Leaders Africains à la Découverte de la Diversité Américaine

Le Programme de Leadership de Visiteurs Internationaux s’est déroulé aux Etats-Unis d’Amérique du 08 au 28 février 2016. Commandité par le département d’Etat américain, le projet régional pour l’Afrique, intitulé «diversité et multiculturalisme», a réuni 12 leaders ressortissants de 8 pays africains : M. Abdoukarimou Bouraima (Bénin), M. Boureima Nabaloum (Burkina Faso), Sœur Pélagie Louvouandou (Congo Brazzaville), Capitaine de police Germaine Ouattara (Côte d’Ivoire), Mme Djénéba Sy (Mali), M. Bakary Traoré (Diaspora malienne de France), Mme Maïmouna Lo (Mauritanie), M. Mohamed El Ouazguiti (Maroc), M. Abdourakhmane Keïta (Sénégal) et Mlle Makh Keïta (Sénégal), Mlle Aeysha Kassiem (Afrique du Sud) et M. Philemon Loriang (Soudan du Sud).

Pendant 3 semaines, ces leaders africains ont beaucoup appris des Etats-Unis d’Amérique, un pays continent. Ils ont été au plus près du pays réel à travers des villes telles que Washington DC, Saint-Louis, Saint-Charles, Santa Fe, Albuquerque et Miami. Depuis les buildings abritant le siège des institutions fédérales à Washington à la plage de Miami en Etat de
Floride en passant par l’Amérique profonde chez les Acomas à New Mexico les leaders africains ont rencontré plusieurs autorités au niveau fédéral et local, des responsables associatifs, des populations dans leur diversité.
Fondé sur le thème de la diversité, le programme vise entre autres objectifs spécifiques de mieux connaître les traditions morales, philosophiques et culturelles qui permettent aux Américains de pratiquer et de discuter de la liberté d’association, d’expression et de culte. En outre le programme poursuit d’autres objectifs en vue d’explorer le rôle des leaders de la
société civile au sein de la communauté et leurs efforts de coopération avec les groupes minoritaires ; d’examiner l’impact du multiculturalisme sur la vie politique aux Etats-Unis et les raisons de la séparation de l’Etat et de la religion, de comparer les différents modèles d’éducation ; de démontrer l’importance de l’activisme caritatif et communautaire pour la
promotion des causes de l’éducation, de la santé, de la jeunesse, de la diversité et du multiculturalisme.

WASHINGTON DÉBUT DU PROGRAMME

Accueillis à Washington le samedi 06 février 2016, les participants ont eu droit à une visite guidée le lendemain dans la capitale fédérale dans les hauts lieux symbolisant une partie de la mémoire de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique entre autres : la Maison Blanche (siège de l’exécutif), le Capitole (siège du parlement), le Pentagone, les mémoriaux d’Abraham
Lincoln, de Martin Luther King. C’est devant le mémorial Abraham Lincoln que Martin Luther King a prononcé son célèbre discours « I have a dream » (j’ai fait un rêve) le 28 août 1963. Construit en l’honneur du président Abraham Lincoln, 16ème président des USA, ce mémorial abrite une exposition de ses célèbres discours et surtout une impressionnante statue de l’homme d’Etat au-dessus de laquelle est gravée dans le marbre la phrase suivante en anglais : « Dans ce temple comme dans les cœurs du peuple pour qui, il sauva l’Union, la
mémoire d’Abraham Lincoln est préservée à jamais. »


Le lundi 08 février 2016, le programme a officiellement commencé à l’Institut International pour l’éducation à Washington en présence du représentant du secrétariat d’Etat, M. Paul Engelstad et Mme Zarrin Cadwell, la directrice de l’institut. Après avoir souhaité la bienvenue, M. Engelstad dira que chaque participant est l’ambassadeur de son pays pour
expliquer sa diversité.

Après l’annonce d’une alerte niveau jaune de neige par la météo le 09 février 2016, la journée a commencé par une rencontre avec le Professeur agrégé en droit public, M. Matthew Green qui fera un long exposé sur le fédéralisme aux Etats-Unis. En effet selon M. Green, le fédéralisme américain comporte 4 aspects : un pouvoir exécutif fort mais limité, un pourvoir central (national government), les Etats fédérés et les gouvernements locaux. Le président est élu pour un mandat de 4 ans renouvelable une seule fois. Il nomme les membres de son cabinet et les juges avec l’approbation du Sénat. Le Congrès incarne le pouvoir législatif et comporte le Sénat et la chambre des représentants. Le Congrès joue un rôle important en matière d’élaboration de la politique étrangère et du budget national. Quand au système judiciaire, il comporte des juges qui sont nommés par le président de la république.

Concernant les Etats fédérés, il y en a 50 où chaque Etat fédéré a sa constitution et comporte la représentation des 3 pouvoirs comme au niveau fédéral : exécutif, législatif et judiciaire. L’armée est gérée au niveau fédéral tandis que la police l’est au niveau fédéré et local.

La journée du 09 février a été marquée par la visite au Secrétariat d’Etat américain au niveau du service des Affaires africaines. Toute l’équipe des visiteurs internationaux a été reçue par M. Rolf Olson, le directeur des affaires africaines. En faisant un tour de table chaque participant a brièvement présenté la diversité et le multiculturalisme de son pays. Le lendemain les participants ont été reçus par la commission américaine des droits civils. Créée par le décret des droits civils de 1957, cette commission qui se veut indépendante et bipartisane a pour mission d’informer sur l’élaboration de la politique nationale en matière de droits civils et d’améliorer l’application des lois fédérales concernant lesdits droits civils. Elle comporte 8 membres dont 4 sont nommés par le président de la république et 4 par le Congrès. Dans l’après-midi la délégation a rencontré les membres de l’Association Nationale pour l’Epanouissement des Personnes de Couleur (ANEPC sigle en anglais NAACP). Depuis sa création en 1909 la NAACP a pratiquement formé chaque leader noir américain par rapport à l’esprit du service public et les techniques de leadership : Roy Wilkins, Rosa Parks, Vernon Jordan et Julian Bond entre autres.

Le jeudi 11 février les participants ont rencontré les membres du Conseil des Fondations dans l ’Etat de la Virginie. Il s’agit d’une organisation fédérative qui fait des œuvres de charité et philanthropiques aux Etats-Unis. Dans l’après-midi de la même journée, la délégation a été reçue par l’Institution de Smithsonian, « un centre du folklore et de l’héritage culturel » qui joue un rôle de vecteur de promotion de la diversité à travers l’art et la culture. La journée s’est terminée par la rencontre avec M. John Franklin, directeur principal du bureau des affaires étrangères. M. Franklin a présenté le futur Musée national d’histoire et de la culture des Américains d’origine africaine qui sera inauguré en septembre prochain à Washington.

Les programmes de Washington DC ont ainsi pris fin avant d’entamer ceux à l’intérieur du pays profond.

LES ETATS DU MISSOURI, NEW MEXICO ET FLORIDE

Du 12 au 17 février 2016 la délégation a quitté Washington DC pour entamer sa tournée à l’intérieur des Etats-Unis par l’Etat du Missouri au centre-est du pays. L’Etat du Missouri est traversé par plusieurs fleuves dont le Mississippi et ses affluents ainsi que le Missouri qui a donné son nom à l’Etat. Les deux principales villes visitées sont Saint-Louis et Saint-Charles.
Les rencontres dans l’Etat du Missouri ont débuté dans la ville de Saint-Charles, une petite ville près de Saint-Louis qui était autrefois un centre commercial au bord du fleuve en plein essor. Le 16 février, les visiteurs internationaux ont rencontré le personnel de deux journaux : « Belleville News-Democrat », un journal local créé en 1858 et « St-Louis American », un
autre journal local. Basé à la frontière entre les Etats de l’Illinois et Missouri, Belleville News-Democrat avec ses 25 journalistes et 35.000 abonnés est un journal quotidien d’investigation tandis que St-Louis American tiré à 70.000 exemplaires est un hebdomadaire qui cible le monde afro-américain. Par ailleurs la délégation des participants a rencontré des chrétiens pendant le premier dimanche du mois de carême des chrétiens. C’était à Saint-Louis dans une église bâtie dans le style gothique en 1867. Quand aux musulmans, ils ont été rencontrés au Centre Islamique Dar-Aljal Masjid. Ce centre qui accompagne les musulmans
dans leur éducation et enseignement islamique dans la généralité pour une cohabitation pacifique entre les musulmans de tendances diverses mais aussi entre les citoyens musulmans et les autres citoyens américains non musulmans.

LA QUESTION « GAY»

En outre le 15 février dans l’après midi, les visiteurs internationaux ont rencontré les membres d’une organisation des gays appelée sous le sigle LGBTQIA+. Cette rencontre a permis d’évoqué la question des gays, un sujet encore tabou non seulement aux Etats-Unis mais aussi dans chacun des Etats des participants. Chaque lettre et signe de leur sigle LGBTQIA+
représente un sous-groupe spécifique de gays : Lesbiens (union entre 2 femmes), Gays (union entre 2 hommes), Bisexuels (qui ont 2 sexes), Transsexuels (qui ont quitté un sexe pour adapter un autre), Questionnement (qui sont dans le questionnement), Intersexuels (qui sont
entre 2 sexes), Asexués (qui ne sont pas intéressés par le sexe) et le signe + (représentent toutes les personnes qui ne se retrouvent dans un des sous-groupes sus évoqués). Cependant ces sous-groupes se font appeler sous le vocable « Gay ». Les LGBTQIA se différencient des pédophiles et des zoophiles qu’ils considèrent comme des groupes illégaux. Enfin selon M.
Léon Braxton depuis 1973 le centre de contrôle des maladies aux USA a prouvé que l’homosexualité n’est pas une maladie. Le 16 février la délégation a enfin rencontré à SaintLouis « le PARAQUAD », une organisation à but non lucratif qui a pour mission de permettre
aux personnes handicapées d’accroître leur autonomie.

Enfin avant de quitter le Missouri, les visiteurs internationaux ont été repartis en plusieurs sous-groupes pour rencontrer des familles américaines à Saint-Louis. Ainsi notre sous-groupe a été reçu par la famille de Fredo, un américain d’origine ghanéenne, marié à une américaine.
Fredo est compositeur qui travaille sur la promotion des musiques traditionnelles. Nous avons dîné avec sa famille autour des plats d’un menu typiquement ghanéen. Après un échange sur son expérience aux USA, nous avons savouré quelques notes de piano impeccablement
administrées par son enfant de 8 ans.

Après l’Etat de Missouri, notre équipe a continué son périple dans les profondeurs de l’Amérique dans l’Etat de New Mexico à travers deux villes phares : Santa Fe la capitale de l’Etat et Albuquerque, sa ville très peuplée. Ici c’est l’Amérique dans le respect de ses traditions.

SANTA FE ET ALBUQUERQUE : UN TERROIR AMÉRICAIN

A l’instar de l’Etat de Missouri, à New Mexico également l’équipe de visiteurs internationaux a fait plusieurs rencontres. Il s’agit entre autres des rencontres avec le Comité qui s’occupe de des Finances de l’Etat de New Mexico, le centre qui s’occupe des handicapés à Santa Fe, The Solace Crisis Treatment Center (une organisation de protection et de défense des droits de l’homme), la rencontre avec le secrétaire d’Etat de l’Etat de New Mexico M. Brad Winter à Santa Fe, la visite au niveau de « Pueblo Sky City Cultural Center ainsi que des organisations de jeunes, d’étudiants à Albuquerque. Toutes ces rencontres ont été riches en enseignements à l’image de celles avec M. Brad Winter et les membres du Comité des finances du parlement
de New Mexico. Au cours de ces rencontres les participants ont eu droit à un exposé sur le fonctionnement d’un Etat fédéré et ses rapports au plan politique, juridique, économique et social avec l’Etat fédéral. En effet l’Etat New Mexico est l’Etat le plus pauvre de l’Union notamment en matière d’éducation où les performances scolaires sont très faibles au niveau
des Amérindiens. Ainsi il est l’un des Etats fédérés qui reçoivent plus d’aide de l’Etat fédéral et ceci pour trois choix stratégiques : couvrir les dépenses militaires pour entretenir les trois bases militaires dans l’Etat de New Mexico pour mieux maîtriser son désert, entretenir la recherche scientifique et l’innovation à travers ses multiples laboratoires et enfin le choix de promouvoir l’éducation au niveau des peuples Amérindiens en vertu des traités signés entre l’Etat fédéral et New Mexico.

LES ACOMAS ENTRE TRADITIONS ET MODERNITÉ

Au-delà du fonctionnement des institutions de l’Etat New Mexico, les participants ont beaucoup appris également sur le plan culturel avec la visite guidée au « Sky City Cultural Center », un musée, un lieu de spiritualité des Acomas Pueblos à Albuquerque. Dans le musée sont conservés des vestiges illustrant le parcours, l’art, la culture et la vision du monde des peuples Acomas qui est la plus ancienne colonie habitée en Amérique du nord. Après la visite du musée, les visiteurs internationaux ainsi que d’autres touristes sont allés admirer le fin fond du terroir du village Pueblo Acoma sur les hauteurs des collines culminant à 110 mètres où domine majestueusement une église construite en 1629 du temps de la colonisation espagnole par des Franciscains. Le toit de l’église est fait de grosses pièces de bois transportées à l’époque sous l’esclavage d’une colline à l’autre sur près de 80 km. A côté de l’église il y a un cimetière et des habitations qui sont jalousement conservées par des descendants des Acomas qui vivent en osmose entre la modernité et les traditions séculaires en dépit du fait que les colons espagnols ont imposé aux Acomas le christianisme et l’esclavage. Les Acomas se considèrent à la fois comme des Amérindiens et citoyens américains avec leur propre identité.

Enfin pendant le séjour d’Albuquerque, notre sous-groupe (Mme Haïdara Djénéba Sy, Mme Maïmouna Lo et Sister Pélagie) a été accueilli le 20 février 2016 par la famille d’un couple retraité d’Amérindiens : Bill et Dona en compagnie de leur amie Régina. La rencontre s’est bien passée autour d’un diner où Dona a montré tous ses talents culinaires puis expliqué le lien que son mari et elle ont su établir entre la modernité et traditions. Ils sont chrétiens mais attachés à leurs croyances amérindiennes. Les visiteurs ont tour à tour évoqué les actions qu’ils mènent dans leur pays respectif notamment en matière de projets de développement car Dona et Régina sont très actives dans le domaine caritatif.

MIAMI LA FIN DU PÉRIPLE

Après les Etats Missouri et New Mexico, les visiteurs internationaux ont entamé la dernière étape du périple dans l’Etat du Floride. C’était du 23 au 27 février 2016 et ce, à l’intérieur de sa ville la plus peuplée, Miami. En effet les visiteurs ont rencontré les responsables du Département du programme des services aux réfugiés enfants et familles, l’Unité Hispanique de Floride (organisation à but non lucratif qui accompagne les immigrés), et l’Université International de Floride (UIF). Cet établissement universitaire compte 54.000 étudiants avec 10.000 enseignants. L’Etat de Floride compte 12 universités, ses défis au niveau de l’enseignement supérieur portent notamment sur la question de diversité et d’égalité (car les couches défavorisées n’atteignent pas toujours le supérieur) et surtout le surcoût des frais universitaires (13.000$ par an pour un étudiant à l’UIF) où beaucoup d’étudiants s’endettent à des milliers de dollars qu’ils remboursent pendant leur carrière professionnelle.

Enfin le séjour à Miami a pris fin à bord d’une péniche le long de la plage où les visiteurs ont pu admirer une partie des beaux bâtiments et splendides villas de Miami qui surplombent la plage sous un temps ensoleillé. Auparavant dans la matinée du 27 février 2016 a eu lieu la cérémonie de clôture du programme à l’hôtel Mutiny à Miami sous la présidence de M. Paul Engelstad, représentant le département du secrétariat d’Etat des Etats-Unis d’Amérique. Après avoir remercié et félicité l’ensemble des visiteurs internationaux ainsi que l’équipe d’accompagnement (M. Jean-Paul Pichot, Mlle Meredith Rogers et Mlle Jessica Abreu) pour la réussite du programme qui s’est très bien passé avec l’assiduité des participants et le professionnalisme des accompagnateurs. Avant de souhaiter un bon retour aux participants, M. Paul Engelstad a fait un tour de table pour recueillir à l’attention du secrétariat d’Etat des Etats-Unis, les enseignements que les uns et les autres ont pu tirer de leurs différentes rencontres avec les Américains pendant leur séjour de trois semaines autour de la question de
la diversité et du multiculturalisme. Il a enfin noté également les suggestions des participants pour améliorer davantage ce programme.

MES ENSEIGNEMENTS

Au plan politique, l’Amérique demeure un Etat fédéral, « un pays continent » regroupant 50 Etats fédérés qui ont fait le choix de mettre en commun leurs atouts et potentialités tout en gardant leur identité en vue de promouvoir leur développement. L’union faisant la force, le temps leur a donné raison, car les Etats-Unis d’Amérique demeurent la première puissance mondiale régie par des principes cardinaux de liberté, de démocratie, de justice et de solidarité. Cependant politiquement les Américains sont très divisés du fait d’un bipartisme entre deux partis politiques dominants Républicains et Démocrates.

Au plan social les Américains sont très attachés à leur liberté, leur identité selon l’origine, la race et la religion dans le respect des autres identités. L’on constate du point de vue formel que la constitution de l’Etat fédéral est à la fois le socle de l’Etat et le trait d’union entre les citoyens et nul n’est au-dessus de la loi. La question des minorités demeure une préoccupation
pour l’Etat notamment la situation des handicapés, la question du genre pour plus de protection des droits des femmes et des enfants. En revanche beaucoup de défis restent à relever en matière de disparité de niveau de vie entre pauvres et riches.

Enfin en tout état de cause la conclusion majeure demeure « le respect du règlement », c’est-à-dire force demeure à la loi. Chacun est libre mais l’Etat veille pour que personne ne soit au-dessus de la loi et ce, dans tous les domaines : politique, économique et social. Peut-il en être autrement pour réussir à gouverner un « pays continent » ?

LISTE DES PARTICIPANTS

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