GUINEE_INTERVIEW:  » Ceux qui avaient des présomptions de corruption furent reconduits, or perdre le Millenium Challenge Account reste un important revers économique » fustige Dr Ousmane Kaba

Après un long silence au lendemain de la présidentielle 2020  , l’ex ministre des finances Guinéen a décidé de s’exprimer. Des 100 jours du gouvernement au centre de recherches de son université en plus de la perte du Millénium Challenge  Account par le régime dAlpha Condé , le président du Parti des Democrates pour l’Espoir-PADES ne fait pas dans la langue de bois. Cet entretien situr sur la vie politique de la Guinée ainsi que les défis économiques de l’heure .

1/ L’équipe gouvernementale du 3ème mandat d’Alpha Condé a atteint ses 100 jours. Quelle lecture  faites vous de la politique générale en cours ?

Le 3ème mandat a commencé avec une négation de l’ex Constitution et l’imposition de celle en vigueur. En plus de 3 mois de gestion par l’équipe actuelle, il y a une crise de confiance minée par le covid 19 , la récession économique et les difficultés de gestion qui ont pris forme. Même s’ils parlent de  » gouverner  autrement » , on avait cru que la lutte contre la corruption serait concrète.

Au moment de former le gouvernement , ceux qui avaient des présomptions de corruption furent reconduits ; la demande sociale a refait surface car pas de routes, des soucis autours des denrées alimentaires,des  infrastructures délicates sans oublier la tension politique avec à  la clé, la mise aux arrêts de plusieurs opposants.

Un geste qui joue fortement  sur les relations internationales du pays.

2/ A ce sujet , comment expliquer  la Perte du Millénium challenge account alors que PPTE fut atteint depuis 2012 ?

 Ce sont bien les conséquences des tensions politiques. Quelque soit la rhétorique que l’on fait en  qualifiant les opposants de « bandits de grands chemins » au lieu de « prisonniers politiques » -eux qui n’ont pourtant pas vandalisé des boutiques – cela pèse sur le pays. Le departement d’État américain a donc tranché en concluant que la Guinée ne respecte pas les droits de l’homme. Ce qui nous coûte 500 milions USD au MCA pour inéligibilité. Donc la tension politique pèse sur les possibilités de financements de la Guinée. 

Cela est imputable à un échec économique du pouvoir.

3/ Il nous revient que Le ministère des hydrocarbures prévoirait une hausse du Carburant. Est-ce favorable au contexte actuel en Guinée pour l’économisteque vous êtes?

C’est vrai qu’on ne fabrique pas le carburant car le pétrole n’est pas une production guinéenne mais la  Guinée applique la flexibilité à la hausse et  prône très peu la baisse des prix. La confiance du public a été sappée dans la foulée.

 Une augmentation du Carburant est utilisée par tous les agents économiques et cela a un impact direct sur les transports. Les populations y compris, qu’on soit riche ou pauvre. Si le prix du transport augmente , les autres composantes suivront comme les denrées alimentaires.

Campons le contexte macro économique qui est inflationniste. Des 10% qu’on a prôné lontemps , on est carrément allé au délà avec la création abusive  de monnaie. Durant les élections de 2020, on a fait jouer la planche à  billets provoquant la montée de la masse monétaire de près de 25% ( chiffres BCRG). Avec un taux de croissance réelle de 5 à 6% , il ya un potentiel inflationniste de près de 18% . 

Voilà la cause de l’augmentation des prix , même si on parle de l’environnement international , des difficultés de transit , les bateaux retenus et en retard , certes… mais c’est la raison essentielle.

Avec les Guinéens qui se plaignent, et l’augmentation qui est entérinée , cela risque de dégénérer car les populations ne l’ont pas accepté.

4/ L’opinion est en émoi  pour le décès tragique d’une femme enceinte à Kankan où vous étiez d’ailleurs élu national. Qu’avez-vous à dire face aux négligences médicales  à l’origine du drame?

Il s’agit d’une situation à déplorer car une mort pareille est de trop. Chose douloureuse pour tous ,car cela est déplorable. Il faut que le respect du serment d’Hippocrate soit effectif car les soins de santé doivent passer avant les frais.

Ce message s’adresse à ceux qui nous soignent même si la responsabilité ne se situe pas à leur seul niveau.

La gratuité de la césarienne fut un point fort du programme du Pr Alpha Condé. Sauf qu’il n’y a pas eu de réels moyens à disposition des hôpitaux pour que cela soit une realité. Dans la pratique , les femmes paient les frais contrairement aux annonces politiques.

Le gouvernement et le corps médical devront y faire face car on ne peut que dire ceci suite au drame en question : plus jamais ça!

5/ Désormais votre centre de recherches,le grand labo Unikag est ouvert. Quelles sont vos perspectives?

On a longuement travaillé sur ce projet dorénavant incarné par un bâtiment flambant neuf. Il est question de mettre ensemble les laboratoires existant au groupe universitaire Kofi Annan en un seul sein lieu. D’autres verront le jour en plus que nous soyons en partenariat avec la Banque Mondiale qui , via le projet POCEJ fournit des matériels en la matière. 

Ainsi ,les efforts propres d’ Unikag en feront un des premiers blocs en Guinée dédié aux travaux pratiques, où les étudiants peuvent appliquer ce qu’ils étudient. Car il s’agit des travaux publics , l’Électronique ,le génie civil , l’électricité et plusieurs applications.

L’objet essentiel est d’améliorer la qualification des étudiants , leurs cursus enalliant théorie  et pratique ainsi qu’augmenter la capacité d’insertion de nos sortants. Kofi Annan ambitionne être un centre d’excellence dans les domaines des sciences appliquées et fondamentales .

6/ Depuis 1994 que vous avez ouvert  le groupe Kofi Annan  et débuté officiellement  en 1996, nul n’ignore que vous êtes un acteur avisé de l’ école guinéenne. Que vous inspirent  les états généraux de l’éducation annoncés par les autorités?

Ça fait partie des programmes du nouveau ministre de tutelle. D’autres assises ont été faites mais on se doit d’actualiser le diagnostic du système educatif de notre  pays. Ce sera l’un des objectifs des états  généraux à mon avis afin de remédier à tous le problèmes du secteur.

Seulement la question fondamentale , c’est,  est-ce ce que le gouvernement prendra les décisions à appliquer une fois les recommandations rendues publiques?

Je rappelle que l’éducation n’a que 13% du budget national, ce qui montre qu’elle n’est nullement une priorité gouvernementale. Chez certains voisins de la sous-region,elle émarge  au minimum à 30%. Il faut donc conduire la priorité financière de l’Etat au système éducatif dans son ensemble afin d’avoir une jeunesse qualifiée et compétitive au plan local et à l’international.

7/ La France vient d’abriter le Forum des économies africaines à Paris face au covid. Étant spécialiste des questions qui étaient  à l’ordre  du jour, quelles leçons  doit-on en tirer ?

C’est une avancée car ce n’est pas un sommet France-Afrique mais un forum mondial dédié à réduire les impacts du covid sur les économies du continent. L’approche  est bonne car l’UA avait fait des travaux préparatoires. Il ya deux points essentiels qui se dégagent: l’annulation des dettes et assurer le financement des liquidités pour les pays du continent.

Il se sont fondés sur le système de DTS ( Droits de tirages spéciaux ) qui fut utilisé en 1969 pour faire face aux difficultés similaires à l’échelle internationale. Cette monnaie émise par le Fond Monétaire International  n’a pas à gérer le développement mais les tensions de trésorerie alors que  les liquidités ne manquent pas.

La Banque Centrale Européenne a misé plus de 1000 milliards d’euros pour les économies européennes alors que les USA sous Biden prévoient 2000 miliards USD. Il s’agit donc d’avoir un moyen de financement pour l’Afrique sans que les pays développés gèrent la facture. Seulement que le FMI se tiendra dans son rôle de financier mondial. 

Sur les 600 milliards à mobiliser, l’Afrique aura une enveloppe de 50 milliards. Le continent n’a pas de cote part , or c’est ce qu’il faut pour rehausser ses prétentions financières : il faudrait que les pays développés donnent une partie de leurs actions aux pays africains. Chose possible car il se font financer par leur propre banque centrale, ce qui permettra à l’Afrique d’avoir au moins 100 milliards USD via les DTS alloués.

8/ Quel est votre mot de la fin? 

Il faut tirer parti des opportunités actuelles pour aider l’Afrique dans un monde dominé par le covid.

Les grandes puissances ont fait la planche  à billets de l’Euro et du Dollar dont ils doivent offrir des nouvelles lignes de crédits. L’ Afrique a besoin de sécuriser ses finances afin que le continent puisse avoir des politiques à l’endroit des jeunes.  

 Il faut que notre continent se développe pour réduire la pression démographique.

J’ai noté que pendant que se tenait le sommet à Paris avec les USA et la Chine, des jeunes étaient dans l’enclave de CEUTA pour fuir le continent.

Quand les dirigeants sont en mesure d’offrir des perspectives , les jeunes resteront au pays sinon , quelque soient les barrières , les africains partiront en grande masse. 

On doit éviter cet échec que partage dorénavant  le continent et le monde.

Propos recueillis par IDRISSA KEITA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

CAPTCHA


%d blogueurs aiment cette page :