Divergences entre Paris et Bamako : « La France a rendu un service mais si au fil des ans ,son engagement est en deçà des attentes, elle peut plier ses bagages »

Membre du CNT, l’Honorable Mohamed Sidibe siège au nom de la diaspora. Suite à la suspension annoncée de la coopération militaire entre le France et le Mali, le 1er vice président du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur s’exprime sans langue de bois. Mieux, il invite Paris à rappeller ses représentants basés au Mali pour que la décision soit plus concrète. A ses yeux , l’ Hexagone n’a pas empêché l’avancée des djihadistes et le Mali est souverain de ses choix pour trouver les solutions qui s’imposent.

Nous vous proposons la lecture du Parlementaire aussi aux commandes de la diaspora de Guinée via cette interview EXCLUSIVE !

Malikoinfo.com : Après le coup de force qui a déposé le Président Bah N’daw et Moctar Ouane alors Chef du gouvernement, la France suspend sa coopération militaire avec le Mali. Une décision qui entraîne un arrêt des opérations conjointes menées par les militaires de la force française « Barkhane » avec les Forces armées maliennes (FAMA). Doit-on craindre des conséquences graves, avec l’avancée des djihadistes à travers le pays?

Mohamed Sidibé : est-ce que la France a empêché l’avancée des djihadistes ? Parce qu’il faut quand même bien analyser la situation. La France, à un moment donné, a effectivement stoppé l’avancée des djihadistes. Les Maliens l’ont applaudi et on est sorti brandir le drapeau de la France. Mais par la suite, ça n’a pas évolué, parce que les djihadistes ont continué à sortir. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a eu plus de 200 mille morts depuis que la France est là-bas. Aujourd’hui, 80% du pays n’est pas sous contrôle de l’Etat et pourtant, il y la France. 

Les djihadistes opèrent à visage découvert aussi bien dans le centre que dans le nord du pays. Kidal n’est pas accessible aux autorités maliennes alors que la France est là. Nous, nous pensons que la France a rendu un service. Mais si elle ne peut plus continuer dans la même logique, nous serons très heureux qu’elle plie bagage et qu’elle quitte. Ça va passer ou ça va casser. On aura un pays ou on n’aura pas de pays, quand même on aura assumé nos responsabilités. Mais l’histoire d’une bouteille à moitié vide, à moitié pleine, ce n’est pas la meilleure politique.

Malikoinfo.com : Alors, comment peut on expliquer ce paradoxe de la France, qui refuse au Mali ce qu’elle a accepté au Tchad ?

Mohamed Sidibé : moi, je ne rentre pas dans la comparaison. Autrement dit, ce n’est pas le point de vue de la France qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, c’est que le peuple malien a eu besoin d’un changement, de rectifier la trajectoire de la transition, les militaires l’ont fait et on l’a approuvé. Maintenant, que la France approuve ou pas, ça n’engage qu’elle.

Malikoinfo.com: La CEDEAO et l’Union africaine ont suspendu le Mali depuis peu. Quelle appréciation faites-vous de ces décisions ?

Mohamed Sidibé : je comprends aisément les sanctions auxquelles on fait état. La condamnation des coups d’Etat, c’est un point de principe. Et c’est l’un des principes intangibles même aussi bien au niveau de la CEDEAO qu’au niveau de l’Union africaine. On n’a pas parlé d’embargo, mais de suspension du Mali dans les institutions de ces deux organisations. Comme vous le savez, les institutions de la CEDEAO par exemple, c’est la commission, la conférence du conseil des ministres et des chefs d’Etat ainsi que le parlement de la CEDEAO. Ne pas participer à ceci, est-ce que ça ne fait pas des économies ? 

A quoi ça sert de payer des députés pour aller assister à des réunions dont les résultats sont connus d’avance ? Je pense qu’il n’y a pas de problème par rapport à cela et je suppose que c’est pour un moment parce que dans leur résolution, ils disent qu’il faut accompagner la transition, qu’il faut que la transition soit soutenue pour respecter le délai. Il y a quand même une contradiction. On vous suspend, on veut vous accompagner dans le processus, on veut que vous respectiez le délai. Normalement, c’est ou on est amis, on travaille ensemble pour une bonne fin de transition, ou bien on n’est pas amis, chacun gère ses humeurs et sa façon de conduire.

Malikoinfo.com : quel est votre message par rapport à la situation qui prévaut au Mali ?

Mohamed Sidibé : mon message, c’est de dire que nous avons besoin du soutien de tous les Maliens. Nous avons besoin aussi de l’accompagnement des pays amis, notamment la République de Guinée. Nous avons des problèmes avec la France et les organisations affiliées à la France, mais nous avons tous besoin aujourd’hui de l’appui des pays africains, de l’appui des pays frères à travers une aide qui ne dit pas son nom. De mon point de vue, le combat qui se fait actuellement au Sahel, c’est la politique de l’Autruche.

Parce qu’on ne peut dire que ces puissances ne peuvent pas combattre des mouvements. Comment ils n’arrivent pas à les neutraliser alors qu’ils ont des avions, des drones ? Quand un mouvement se lève au Tchad, dans les heures qui suivent, vous voyez qu’il est neutralisé, parce que les informations sont données. Mais au Mali, malheureusement, ce n’est pas le cas. Donc la communauté internationale juge les choses en fonction de ses intérêts ou en tout cas de ses humeurs.   

KEITA IDRISSA

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