MORTALITÉ MATERNELLE : « Ça fait trop mal de voir une femme perdre la vie en donnant la vie » dixit Professeur Mamadou TRAORE

On parle de mortalité maternelle, lorsque survient le décès de la femme au cours de la grossesse ou dans un intervalle de 42 jours après l’accouchement. Selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) réalisées en 2015, chaque jour, ce sont près de 830 femmes qui perdent la vie occasionnée par les complications liées à la grossesse et à l’accouchement à travers le monde.

Au Mali, la dernière enquête démographique et de santé a affirmé que le taux de mortalité maternelle, c’est-à-dire le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, a atteint 325 décès de femmes pour 100 000 lors de l’accouchement au cours des dernières années.

Afin d’en savoir plus sur la mortalité maternelle, les causes et la prévention, nous avons approché le Professeur Mamadou TRAORE, gynécologue obstétricien à la clinique Ba AWA.

Lors de cet entretien qui va suivre, le Professeur TRAORE nous a beaucoup édifié sur cette problématique.

MALIKOINFO: Bonjour Professeur, et merci de nous recevoir. Pouvez-vous nous dire ce que c’est que la mortalité maternelle ?

Pr. TRAORE : Généralement les gens confondent le décès survenu lors de l’accouchement à la mortalité maternelle. Alors que la mortalité maternelle commence dès le stade de la première aménorrhée jusqu’à 42 jours après l’accouchement. En résumé, la mortalité maternelle désigne le décès d’une femme survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours après sa terminaison.

M.I. : Quels sont les facteurs de risque ou les circonstances de survenue de la mortalité maternelle ?

Pr. TRAORE : Avant d’énumérer les facteurs de risque de la mortalité maternelle, je voudrai juste rappeler qu’il n’est pas normal qu’une femme perde la vie en donnant la vie. Ça n’a rien de fatalisme et ce sont généralement les erreurs humaines qui sont à la base de cette tragédie qu’est la mortalité maternelle. Une grande partie des décès maternels pourraient être évités si toutes les femmes bénéficiaient d’un accompagnement médical et de soins d’urgences de qualité, la proximité des centres de santé etc. Les obstacles à cette prise en charge sont principalement économiques et sociaux mais aussi culturels, comme le faible pouvoir de décision des femmes au sein de la famille.

M.I : Quelles les causes de la mortalité maternelle ?

Pr. TRAORE : Les premières causes directes de mortalité maternelle sont les hémorragies obstétricales qui représentent 25% des décès. Ces hémorragies peuvent subvenir soit au cours de la grossesse, soit lors de l’accouchement ou alors dans les 42 jours qui suivent la délivrance. Ensuite viennent les autres causes qui sont les infections (15% des décès), l’hypertension artérielle durant la grossesse (prééclampsie et éclampsie) ; les complications dues à l’accouchement (dystocie), les embolies pulmonaires.

M.I : Comment prévenir cette tragédie ?

Pr. TRAORE : Le tout premier moyen de lutter contre la mortalité maternelle, est le respect des droits fondamentaux de la femme (droit à l’éducation, droit à l’indépendance financière) Ensuite il faut une communication accrue entre les conjoints, entre la femme et les membres de la communauté. Vous savez pourquoi ? Eh bien lorsqu’une femme se sent exclue ou mise à l’écart, elle peut avoir ces différents problèmes qu’on vient de citer, et elle n’en parle à personne par honte ou par peur d’être rejetée. L’autre solution pour éviter le décès maternel, c’est l’accès aux soins prénatals pendant la grossesse, faire bénéficier aux femmes de l’assistance d’un personnel qualifié lors de l’accouchement et recevoir des soins et un soutien au cours des semaines qui suivent l’accouchement.

M.I : Comment se passe la prise en charge médicale des cas d’hémorragie lors de la grossesse ?

Pr. TRAORE : La disponibilité de personnels soignants qualifiés et la bienveillance envers les malades sont les premiers facteurs d’une bonne prise en charge des cas d’hémorragie au cours de la grossesse. Les mesures standard médicamenteuses pour maîtriser une hémorragie sont aussi valables en cas de césarienne. Le traitement se fait notamment par l’administration de médicaments utérotoniques, dont la méthylergométrine, qui peut être injectée par voie intra-myométriale, combiné à un massage utérin.

M.I : Professeur TRAORE, quels conseils pouvez-vous prodiguer aux femmes en âge de procréer afin d’éviter l’hémorragie au cours de la grossesse ?

Pr. TRAORE : Le premier conseil que je donnerai, c’est d’éviter le mariage précoce des filles ; l’espacement des naissances ; et en cas de grossesse, respecter les rendez-vous des consultations médicales. Pour éviter les décès maternels, il est également primordial de prévenir les grossesses non désirées ou trop précoces. Toutes les femmes, y compris les adolescentes, doivent avoir accès à la contraception.

Propos recueillis par Aïssata TRAORE

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