TRANSITION ANNONCÉE DU DR AINEA CAMARA : SIMONE GBAGBO ENTRE DANS LA DANSE

L’ancienne 1ère dame de Côte d’Ivoire a eu échos de notre compatriote décidé à ne plus reconnaître le régime né du CNSP en 2020. En plus de dénoncer la gestion actuelle de la crise sécuritaire au Mali, Simone Gbagbo condamne les sanctions arbitraires de la CEDEAO et invite à un retrait des forces françaises du continent.

Dr Ainea Ibrahim Camara

Ci-joint sa déclaration :

DÉCLARATION DE MADAME SIMONE EHIVET GBAGBO RELATIVE A LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE AU MALI

Chères sœurs, chers frères,
Mesdames et Messieurs,
Cher-e-s compatriotes.

Les citoyens ivoiriens sont en butte à la cherté de la vie, un problème récurrent ces dernières années. Ce problème est devenu très préoccupant dans notre Nation ces temps-ci.

Je voudrais exprimer ma solidarité aux populations de la Côte d’Ivoire et à chaque famille qui en souffre au quotidien.
Nous devons suivre attentivement ce problème et nous prononcer là-dessus dans les prochains jours.

Mais aujourd’hui, toutes affaires cessantes, je vous propose d’intervenir dans la crise qui se déroule au Mali, notre voisin.

Mesdames et Messieurs,
Cher-e-s compatriotes
.

Le mardi 23 février 2022, à Abidjan, j’ai entendu Monsieur Ainea Ibrahim Camara, président du Mouvement Républicain du Mali, qui, au cours d’une conférence de presse, a annoncé la formation d’un gouvernement civil de transition le 27 février 2022. Qu’est-ce à dire ?

La Côte d’Ivoire serait-elle en passe de devenir une base arrière pour une partie de l’opposition malienne ? Mesure-t-on les conséquences qui pourraient en découler ?

Le constat est clair, la situation sociopolitique que vit le Mali nous interpelle, individuellement et collectivement, en tant que voisins de ce pays frère et en tant qu’Africains. Cette situation a des implications multiples, tant au plan sécuritaire, économique que social.
Examinons dans un premier temps, le contexte et les manifestations de la crise.

I- CONTEXTE ET MANIFESTATIONS DE LA CRISE

Depuis 1963 plusieurs rébellions venues du Nord plongent le Mali dans une situation d’instabilité quasi permanente. En 2012, une intervention militaire internationale menée sous la houlette de la France contrarie l’assaut des rebelles du MNLA (Mouvement National de Libération de l’AZAWAD) et de leurs alliés islamistes qui sont en passe d’occuper tout le pays.

C’est dans ce contexte sécuritaire très difficile que le Président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est élu.

Durant toute sa présidence, il ne réussit pas à réunifier le pays, ni à ramener la paix. Pendant plusieurs mois, les masses populaires organisent de nombreuses manifestations citoyennes et politiques. IBK est finalement renversé par un coup d’État militaire dirigé par le Colonel Assimi Goïta et il démissionne le 19 août 2020. Cette prise de pouvoir est saluée par la majorité du peuple malien. En réalité, le coup d’État n’a été que l’aboutissement de ce combat du peuple.

Le dimanche 9 janvier 2022, à Accra, les Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, réunis en sommet extraordinaire, prennent des sanctions contre le peuple et les nouvelles autorités du Mali.
Quelle analyse pouvons-nous faire de ces sanctions ?

II- ANALYSE

Il convient de rappeler d’abord les sanctions prises par les Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, avant de les analyser. Ce sont :

  • La fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la CEDEAO et le Mali ;
  • La suspension de toutes les transactions commerciales et financières entre les pays de la CEDEAO et le Mali, à l’exception des produits alimentaires de grande consommation, des produits pharmaceutiques, des matériels et équipements médicaux y compris ceux pour la lutte contre la Covid 19, des produits pétroliers et de l’électricité ;
  • Le gel des avoirs de la République du Mali dans les Banques centrales de la CEDEAO ;
  • Le gel des avoirs de l’État malien et des entreprises publiques et parapubliques dans les banques commerciales des pays de la CEDEAO ;
  • La suspension de toute assistance et transaction financières en faveur du Mali par les Institutions de financement de la CEDEAO, particulièrement la BIDC (Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO) et la BOAD (Banque Ouest-Africaine de Développement).
  • L’activation de la « force en attente de la CEDEAO ».

Ces sanctions ont été endossées par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), réunis en session extraordinaire le 09 janvier 2022. Cette instance les a même renforcées d’autres mesures coercitives :

  • La suspension du Mali des organes et Institutions de l’UEMOA,
  • La suspension des concours financiers en faveur du Mali par les Institutions de financement de l’UEMOA.

Toutes ces mesures de la CEDEAO et de l’UEMOA suscitent quelques points de réflexions :

i) Ces sanctions rappellent celles qui ont été prises par ces mêmes organisations régionales, sous l’instigation de la France et de l’Union Européenne, contre la Côte d’Ivoire, pendant la crise postélectorale de 2010-2011. L’on avait alors, au nom de prétendues règles démocratiques à respecter, poussé à son comble le cynisme politique en imposant au peuple ivoirien un embargo sur les médicaments importés. L’on avait aussi ordonné la fermeture des banques opérant en Côte d’Ivoire, empêchant de la sorte, les ivoiriens d’ accéder à leurs comptes bancaires. Plusieurs personnes ont perdu la vie. Tout cela s’est fait dans l’indifférence totale, et parfois avec la complicité de certains pays africains, voisins de la Côte d’Ivoire.

ii) Ces sanctions au Mali s’apparentent à une punition du peuple malien. Leur sévérité et la rapidité avec laquelle elles ont été prises, inclinent à penser que l’on reproche aux forces vives du Mali leur soutien aux acteurs du coup d’État.

iii) Ces sanctions apparaissent ainsi comme un signal fort envoyé aux autres peuples africains qui seraient tentés de suivre l’exemple malien.

iv) Ces sanctions confortent la majorité de l’opinion africaine dans le sentiment que la CEDEAO et l’UEMOA sont instrumentalisés par les chefs d’États et servent à régler des comptes politiques. Elles traduisent éloquemment la tendance de plus en plus affirmée d’utiliser des institutions financières pour tenter de régler des crises politiques internes aux États.

v) Ces sanctions donnent également à l’opinion africaine, le sentiment que ces organisations aux ordres des chefs d’États sont manipulées par la France et par ses partenaires européens et internationaux.
Abordons maintenant les enjeux majeurs de la crise.

III- ENJEUX MAJEURS DE LA CRISE ET SOUTIEN AU PEUPLE DU MALI

Eu égard à ce qui précède, l’on peut affirmer que les sanctions prises contre le peuple frère du Mali sont illégales ; car aucune règle de la CEDEAO et de l’UEMOA ne les justifie. Ces sanctions à caractère purement politique sont iniques dans leurs conséquences et s’apparentent à des crimes contre l’humanité. Sur le plan éthique, elles sont inhumaines.
Que l’on ne s’y trompe pas, la crise malienne est un véritable cas d’école. Ce qui se joue au Mali est moins une guerre contre les djihadistes qu’une tentative de musèlement du peuple et de pérennisation d’une situation d’assujettissement aux relents colonialistes. Il ne s’agit pas de libérer les populations maliennes des affres du terrorisme. Les enjeux majeurs de cette crise se cristallisent autour de la problématique de la souveraineté du Mali et des ex-colonies africaines de la France qui, 62 ans après la proclamation de leur indépendance politique, subissent encore le diktat des gouvernants français.

Ces enjeux se déclinent comme suit :

i) La crise malienne est d’abord et avant tout une bataille pour la transformation des relations entre la France et le Mali, entre cette ancienne puissance coloniale et ses anciennes colonies. Le peuple et les autorités de ce pays sont engagés dans une conquête des leviers géostratégiques nécessaires pour garantir une véritable indépendance de leur Nation.

ii) La crise malienne est aussi une opportunité que se donnent les autorités du Mali pour tirer le meilleur parti d’une mondialisation amplifiée des relations internationales. Ces autorités profitent ainsi du conflit qui l’oppose à la France, pour faire appel à d’autres partenaires comme la Russie, la Chine, la Turquie, l’Iran, etc.

iii) La crise malienne, c’est aussi l’exemple qui peut faire tache d’huile. Les cas de la Guinée et du Burkina Faso en sont l’illustration. Le désir de lutter pour la souveraineté des États de l’Afrique francophone couve dans toutes les anciennes colonies africaines de la France. Il pourrait se généraliser.

Aujourd’hui, la France, invoquant le caractère illégitime du régime militaire, a pris la décision unilatérale de retirer ses forces de même que celles de ses partenaires du Mali. En effet, le 17 février 2022, le Président français annonce le retrait des forces militaires, « Barkhane » et « Takuba », du territoire malien.

Cependant, on peut constater qu’elle ne se retire pas bien loin du théâtre des opérations puisqu’elle compte se replier au Niger voisin, pendant qu’elle s’incruste en Côte d’Ivoire.

Au moment où cet autre épisode de la crise commence, le Mali, ce pays frère, a plus que jamais besoin de notre soutien, sans réserve.
Cette position de soutien que j’adopte ne contredit en rien mon attachement viscéral aux principes de l’accession au pouvoir par les urnes. Mais il n’échappe à personne que dans l’histoire des peuples, à des moments critiques, l’armée a su parfois investir le champ politique pour justement créer les conditions d’exercice des droits démocratiques et des libertés fondamentales.

C’est pourquoi, conformément à ma vision d’une Afrique digne, souveraine et prospère,

1- J’affirme ma solidarité au peuple frère et aux autorités du Mali ;

2- Je rappelle qu’après des siècles d’esclavage, des décennies de colonisation et d’indépendance politique, toute velléité de recolonisation de l’Afrique contemporaine est inacceptable ;

3- Je déclare que le moment est venu de retirer du continent africain toutes les forces françaises ;

4- Je condamne fermement les sanctions inhumaines de la CEDEAO et de l’UEMOA contre les populations et les autorités maliennes ;

5- Je demande la levée le plus rapidement possible de toutes les sanctions contre le Mali puisque j’observe déjà que la crise malienne impacte négativement notre pays ;

6- J’interpelle la France et l’Union Européenne, l’Union Africaine et l’ONU sur leurs responsabilités quant à la dégradation de la situation humanitaire au Mali ;

7- J’encourage le peuple et les autorités du Mali à continuer le combat pour l’accession du Mali à la souveraineté, dans la cohésion et l’unité ;

8- J’appelle tous les peuples amis, épris de justice, de paix et de liberté, à aider le Mali et l’Afrique à s’assumer pleinement et à occuper la place qui leur revient de droit dans le concert des nations libres, démocratiques et souveraines.

9- Je demande fortement à tous les maliens habitant en Côte d’Ivoire, de respecter notre pays, sa sécurité, sa tranquillité, sa paix ; et de ne pas en faire la base-arrière de leur combat.

10- Je reste disposée et disponible pour contribuer à la cause du Mali.
Que Dieu protège le Mali, que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et l’Afrique !

Fait à Abidjan, le Samedi 26 février 2022.

Docteur Simone Ehivet GBAGBO

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